Tarent’Air Tour 2017: ma petite aventure

Je ne voulais pas vous raconter par le menu toutes les péripéties de 3 jours de marche et de vol. J’ai voulu me concentrer sur quelques moments forts. Malgré cela, le verbe vient facilement et l’article est un peu long. J’espère vous retenir jusqu’au bout!

Tarent'Air Tour 2017: ma petite aventure

Quelques mots sur la préparation

Deux mois avant le début de l’épreuve (ou plus?) j’ai récupéré les balises depuis le fichier KML affiché sur le site du Tarent’Air Tour. Je l’ai importé dans un fichier Excel pour le nettoyer. Puis j’ai créé deux tableaux croisés pour calculer tous les temps et toutes les distances entre chaque paire de balises. Pour cela j’ai concaténé une petite formule qui crée un lien vers un calcul piéton sur Google Maps. Après avoir cliqué sur toutes les cases j’ai obtenu une matrice des temps et une autre des distances entre tous les points du parcours.

Tarent'Air Tour 2017: ma petite aventure

A partir de là j’ai utilisé un solveur logistique sous Excel que je commercialise (xcargo.fr) pour calculer la tournée du laitier, ou le parcours du VRP, bref l’itinéraire le plus court entre toutes les balises. Tout d’abord j’ai utilisé les distances à vol d’oiseau puis les distances ou temps de marche. Globalement, Ces approches conduisaient au même séquencement de points de passage. Bien sûr les temps de parcours n’étaient pas les mêmes. Mais ce qui m’intéressait était le tracé général.

Tarent'Air Tour 2017: ma petite aventure

Puis j’ai repris à la main dans SeeYou l’ordre des points de passage optimal sur un plan mathématique mais incohérent sur un plan pratique. La distance à vol d’oiseau n’est pas la voie la plus courte ni la plus logique en parapente, surtout en terrain alpin. Il vaut mieux suivre une arête plutôt que de sauter de crête en crête. Je me suis préparé quatre ou cinq parcours sur la base de deux variantes principales: commencer par le Lac Noir puis enchainer sur les stations de ski ou bien débuter par le Beaufortain.

Tarent'Air Tour 2017: ma petite aventure

Enfin j’ai réexporté le tout en fichier CUP pour SeeYou sur mon Oudie et pour XCTrack sur mon smartphone, GPX pour Iphigénie, KML pour créer une carte personnalisée sur Google Maps. Et j’ai tout recommencé deux fois lorsque les organisateurs ont ajouté de nouvelles balises…

Mon plan A est clair: cela va voler, le parcours optimisé est d’une longueur totale de l’ordre de 200 à 230 km, il va falloir faire toutes les balises. Voila mon état d’esprit au départ de la course. Pas de plan B!

Vendredi

Le départ se fait en groupe, dans le mauvais sens, pour notre amusement et le ravissement des photographes. Une fois absorbée la montée au Clapey, les premières voiles qui décollent des Eucherts me font définitivement abandonner l’option lac Noir. Ce seront donc les faces Est du Beaufortin qui constitueront mon début de collecte de balises en espérant trouver l’ouverture pour rentrer dans le massif du Beaufortain. En espérant aussi rester protégé du Nord.

Tarent'Air Tour 2017: ma petite aventure

La masse d’air n’est pas hyper confortable. Cela monte bien, mais au-dessus du piémont du massif. Il est très difficile de s’approcher des sommets. D’ailleurs, aller tourner le Refuge de Presset nous coule. Certains se font refouler avant de faire la balise et devront remonter à pied. Benoit a juste le gaz nécessaire pour sauter l’arête et aller se promener dans le Beaufortain pour se gaver de balises à gros points.

Pris dans le tourbillon de la chasse d’eau je vois une opportunité de poser 150 mètres sous la prochaine balise, le Mont de Vorès, au pied d’un vallon montant. Je prends la voile en bouchon et attaque les 15 minutes de marche. Mais j’ai gardé le duvet et la goretex, ainsi que le casque. En 5 minutes je suis liquide. En voulant gagner du temps j’en perds, ainsi qu’une bonne dose d’énergie. Je fais la balise par en-dessous et me retrouve à un col. Avantage: le vent est dans l’axe de ma prochaine balise. Inconvénient: il faut décoller face au vent et me jeter dans le col. Je vais voir de l’autre côté du col, injouable, c’est trop cul. Je remonte sur les bords du col et pose ma voile dans un carré d’herbe. Je ne souhaite pas aller plus haut, ce n’est que du caillou cassé. Je gonfle, décolle, vire, et finis en slide sur le névé du col. Ca ne passe pas. Il faudrait monter plus haut.

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Mais tiens! Voici Max et Julien qui arrivent en vol, ils ont donc trouvé du thermique à proximité. En plus ils ont l’air de tenir en soaring. Ce que je ne savais pas c’est qu’ils venaient de faire un plein à 3000 m et avaient perdu 700 m de gaz en 2 kilomètres pour s’approcher de la balise. Je décolle et avance donc face au vent, juste lorsque quelqu’un appuie de nouveau sur le bouton de la chasse d’eau. Je dégouline, me fait secouer, me fait enterrer entre des cimes de sapins pas encore transformés en planches, ressors, et finis par me poser 1000 m plus bas et à peine plus près de la prochaine balise au nom si mal adapté. Combe Bénite. Combe Maudite, oui! S’ensuit une marche interminable, au plus fort de la période d’activité thermique, pendant laquelle je ne regarde pas ce que font les autres et pousse sur mes bâtons en vidant mon bidon.

Tarent'Air Tour 2017: ma petite aventure

Je finis ma journée avec Gaëtan. Pour un décollage bien ventilé à Combe Bénite. Avec de la fatigue pour écouter à deux ce que la carte essaye de nous dire. Nous avons bien du mal à comprendre sa langue et traçons droit en-dehors des rares chemins. Pour finir Gaëtan s’offre un petit soaring alors que je finis à pied. Il a eu bien raison. J’avais envie de finir ma journée tranquillement et en assurant mais je me serais bien passé des derniers 150 m de dénivelé positif que je n’avais pas vus pour arriver enfin au refuge du Nant du Beurre. Nous passons une belle et courte soirée en tout petit comité. Ce fut une chouette journée.

Samedi

Comme le dit le dicton, la nuit me porte conseil. Entre deux rêves de marche et de vol, j’ai l’illumination d’un changement de stratégie: il faut faire dès demain les refuges obligatoires pour assurer l’essentiel, et se garder le dernier jour pour compléter le tableau de chasse. Par conséquent, au réveil, il en est fini de mon fol espoir de faire toutes les balises.

Tarent'Air Tour 2017: ma petite aventure

En début de matinée nous observons un long moment le Lac du Plan du Jeu depuis le Roc Marchand avec Julien. Comme ils sont tentants ces cums en face Sud-Est! Mais ils sont bien brossés. Au lointain, le col qui mène à Roche Parstire ressemble à une nasse, un piège encore tapi dans l’obscurité. Nous rebroussons chemin et abandonnons l’espoir de faire les gros points du Beaufortain. En douceur, la deuxième lame passe sur mes ambitions sans m’écorcher.

Tarent'Air Tour 2017: ma petite aventure

Avant cela je me suis mis le trouillomètre dans le rouge. Pendant le petit déjeuner, la gardienne du refuge nous a indiqué un chemin mal tracé pour éviter une zone humide et qui nécessite d’avoir « le pied montagnard ». Départ 7h. A 7h10 mes pieds sont trempés. A 7h20 nous sommes au sommet d’un dôme et hésitons à déplier pour survoler le petit col en arête qui nous sépare du Roc Marchand mais avons peur de perdre du temps dans l’opération. A 7h25 nous nous engageons sur la fine arête en ardoise grasse qui se délite dans le col. 100 m bien raides d’un côté, 200 ou 300 de l’autre, c’est aérien comme disent les terriens. Les crampons de mes excellentes chaussures par ailleurs ne tiennent pas. Je pose les mains et le cucul. A 7h30 je me prends une grosse flippette. Demi-tour, je remonte au sommet de la bosse et ouvre ma voile pour passer le col en vol. Gros soulagement en posant de l’autre côté.

Tarent'Air Tour 2017: ma petite aventure

En fin de matinée je bascule vers les stations de ski et fais un beau vol après une nouvelle fois une grosse randonnée de 12h à 14h30, du gâchis pour le vol comme la veille. En fin de journée je me pose au Val Joli pour un bon apéro suivi d’un repas partagé dans une grande bonne humeur avec Benoît, Gaëtan et Max, plus Julien et Yohann l’humoriste qui nous a tant fait rire lors du repas du premier soir. Nous passons un bon moment à reparler de la dernière balise du jour au Lac Noir. Pour résumer cette aventure toute personnelle, disons que j’ai mis beaucoup d’engagement pour la faire et en revenir en vol, sans avoir le sentiment de m’exposer. Je manque de mots pour décrire les émotions et les paysages traversés sur la voie de cette balise. Je les conserve précieusement au fond de moi.

Dimanche

La dernière montée à pied de la course est tranquille, nous sommes sous un grand ciel bleu, je peux suer les excès festifs de la veille au soir. C’est pétole au déco, nos devons patienter alors qu’au live-tracking nous voyons d’autres pilotes commencer de beaux vols.

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Avec Max et Gaëtan nous remontons à pied d’encore 150 m au ras des cailloux pour une course au but départ au sol. Avec 100 m de gain à peine, je vois une aile sous le Plan de la Boutte, j’y fonce. Une fois de l’autre côté, il est difficile de monter à un peu plus de 3000 m. Les conditions sont limite turbulentes. Y aurait-il un retour d’Est?

Tarent'Air Tour 2017: ma petite aventure

C’est alors qu’avec Max nous lançons l’opération promenade du dimanche matin en Beaufortain. Nous sommes poussés par un léger Sud. Ah tiens! Nous voici maintenant plus bas et contrés en Nord. Il y a aussi un gars qui fait du soaring au Cormet de Roselend. Ah tiens! Je suis contré en Est à la Crête des Gittes. Que se passe-t-il? Max est plus loin sur l’arête, il enroule, je viens le rejoindre mais consomme encore du gaz. C’est sauve-qui-peut. J’abandonne lâchement mon camarade et fonce vent de cul pour réduire la distance qui me sépare du but aux Ilettes. Cela m’oblige à m’engager dans le canyon du Torrent des Glaciers. C’est facile à suivre: le parcours est balisé de ces grandes structures métalliques horribles rouges et blanches reliées entre elles par 4 gros câbles qui grésillent un peu et portent des boules quand ils ne vous les collent pas. Je fais des 8 et glisse sur les appuis au vent. Avec des pointes à 80 km/h de vitesse sol en transition je n’ai pas le loisir d’apprécier le paysage fortement oppressant quand je m’y intéresse.

Tarent'Air Tour 2017: ma petite aventure

Je débouche de cette horrible vallon vers le Plan de la Boutte. Là-haut l’Aiguille Rouge est toujours dans le nuage. Je me laisse glisser vers l’attéro des Ilettes. Je réponds sur le ton de la plaisanterie à un SMS de l’organisation qui me taquine, puis m’intrigue: la voie serait ouverte vers l’Aiguille? Je suis déjà bas, un peu las. Il me reste 1h30 de temps de course pourtant je n’arrive pas à me remobiliser pour aller chercher cette dernière balise qui m’aurait rapproché du podium. J’ai fait une belle course, j’ai profité de ce qui nous était proposé, je suis content, j’ai pas mal risqué sur un plan tactique dans la matinée, je finis en douceur et dans la ouate, sans stress.

Tarent'Air Tour 2017: ma petite aventure

Quelques mots de conclusion

Je n’ai pas fait la course dont j’avais rêvé mais j’ai fait une course de rêve. J’ai apprécié tous les moments, au sol comme en vol. J’ai vécu pleinement ces trois jours. Aucun bobo, aucune ampoule, que du bonheur et des belles images plein la tête. Je ne suis toujours pas très camping donc je n’envisage pas trop le vol-bivouac. Mais j’ai de vraies envies de vol rando après avoir (re)découvert tous ces refuges. A voir ce que l’avenir nous réserve comme surprises!

Tarent'Air Tour 2017: ma petite aventure

J’ai l’impression d’avoir découvert le meilleur des formats de course de Marche et Vole, en tout cas celui qui me plait le plus. Pour l’obligation de dormir en refuge le soir qui impacte fortement la tactique de vol ou de marche. Pour le fait de rester sur un secteur et de croiser en permanence d’autres pilotes. Pour l’absence de concurrence directe entre pilotes car chacun construit son parcours. Pour l’ambiance des rencontres et des soirées qui rend possible le libre partage des idées et des expériences. Pour la liberté dans la construction du parcours qui multiplie à l’infini les options tactiques et rend le jeu intéressant.

Tarent'Air Tour 2017: ma petite aventure

Pour conclure, je remercie les organisateurs pour cette bonne idée et cette impeccable mise en œuvre, tous les partenaires qui se sont mobilisés pour cette belle première, tous les concurrents pour leur bonne humeur et leur état d’esprit et aussi Dame Nature qui nous a donné ce qu’elle avait de meilleur, surtout sans pluie. Un grand merci à Sup’Air qui m’a fourni un matériel performant dans les temps. Bonne chance à leurs athlètes comme à tous les concurrents de la prochaine X-Alps!

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